Ron débloque

Six ans déjà que les studios Disney développaient le thème de l'amitié entre un robot fort sympathique, Baymax, et son maître Hiro Hamada dans Les Nouveaux héros, un film d'animation aux accents japonisants transformé en quête contre le mal. Aujourd'hui, les fraîchement nouveaux-nés Locksmith Animation Studios reprennent cette thématique en la transposant dans un autre univers, plus édulcoré. Dans un futur relativement proche, la société Bubble décide de commercialiser des « B*Bot », des robots intelligents à la forme cylindrique capables de compiler instantanément toutes les informations concernant son propriétaire, sur un cloud d'une grandeur colossale. Ces robots deviennent évidemment les plus fidèles amis des enfants, sauf pour Barney Pudowski, garçon solitaire passionné de roches et isolé du reste de ses camarades. Mais, au lendemain de son anniversaire et face à la détresse du jeune homme, son père et sa grand-mère achètent Ron, un B*Bot tombé du camion mais dont les dysfonctionnements permanents vont propulser le garçonnet dans des aventures insoupçonnées...

En s'affranchissant des codes imposés ces dernières années par la firme aux grandes oreilles, Ron débloque se distingue avant tout par son animation réussie. Du design des personnages aux décors, le film laisse apparaître une profusion de couleurs et des ambitions futuristes assumées. Même si certains arrière-plans manquent parfois de profondeur et que l'aspect global de certains lieux, comme le siège social de Bubble, aurait gagné à être stylisé, d'autres espaces, à l'image de la maison de Barney, fourmillent de détails et apportent de la chaleur à l'ensemble. L'aspect des personnages est également une réussite : leur forme, toute personnelle qu'elle soit, traduisant une partie de leur personnalité. De la bonhommie de Barney à la mignonnerie de Ron en passant par la rondeur de la grand-mère ou la minceur du père, il est évident que les réalisateurs ont pensé leur oeuvre pour en faire un tout cohérent.

Après une première partie contextualisant l'arrivée des B*Bot dans le quotidien des personnages, l'apparition du personnage de Ron insuffle une nouvelle dynamique à la narration. Dévergondé, singulier, Ron n'est pas ce robot calibré que tous les autres enfants possèdent : sa maladresse et sa détermination débouchent alors sur des situations cocasses dont le comique ne s'essouffle jamais ni ne montre de lourdeurs. Les scénaristes ont su doser la quantité de gags, saupoudrant l'humour tout en alternant les tonalités. S'il est vrai que le dernier tiers de l'oeuvre souffre de quelques longueurs et s'embarque dans une salvation longuette, l'histoire se déroule logiquement sous nos yeux, au rythme des questionnements protagonistiques. En ressortent des thématiques plus profondes abordées dans le cadre, notamment, du cercle familial de Barney : un père isolé, contraint de marchander des objets de pacotilles avec les entreprises étrangères pour vivre convenablement ; une grand-mère - burlesque et attachante - obligée d'assurer l'éducation d'un petit-fils privé de mère ; une machine connectée dont la possession panurgique questionne.

Révolutionnaires ou inquiétants, ces bonhommes métalliques envahissent les cours de récréation, de la maternelle au collège, en promettant des amitiés immédiates grâce à l'agrandissement du cercle des connaissances personnelles et ce, en fonction des centres d'intérêts perçus par les droïdes. Dans cette optique, le long-métrage pointe de manière satirique l'influence des réseaux sociaux et la volonté toujours plus démesurée des GAFAM de faire du profit. On reconnaîtra dans le personnage de l'ambitieux directeur de l'entreprise technologique Bubble un avatar hyperbolique de Steve Jobs ou Marc Zuckerberg, inscrit dans une dynamique du data-profit, et dont la préoccupation du bien-être humain est reléguée en triple arrière-plan. Une mise en évidence efficace de l'absurdité et de la futilité des amitiés sur la toile, cadenassant les jeunes dans des sphères finalement malheureuses, qui auréole l'amitié réelle, fruit d'une recherche permenante de la connivence.

Sans être moralisateur, Ron débloque aborde avec humour et sensibilité les conséquences, souvent désastreuses, de l'omniprésence des technologies sur les jeunes populations. Nul doute que cet adorable Tic-Tac à la sophistication corrompue s'attirera les faveurs d'un public attendri, qui verra dans sa relation avec Barney, à l'instar d'E.T. et Elliott, une défense honnête des individualités et de la différence.