Raya et le dernier dragon

D'abord repoussé de quelques mois avant d'être privé des salles obscures, le 53e long-métrage des Walt Disney Animations Studios n'aura pas vécu sur un long fleuve tranquille, avant de débarquer directement sur la plateforme Disney+ en juin dernier. Jadis, les dragons se sacrifièrent pour sauver la population de Kumandra du Druun, une ombre maléfique qui, comme Méduse dans l'Antiquité, a le pouvoir de transformer en pierre tout ce qu'elle touche. La magie de ces dragons fut enfermée dans un talisman sans pour autant unir le royaume, désormais disloqué en cinq territoires. Raya, fille de chef de tribu, s'entraîne alors dès sa plus jeune enfance pour devenir la gardienne de cet écrin, mais la réapparition du Druun et les conflits internes au royaume vont vite mettre en péril sa mission première.

Accompagnée de sa fidèle et attachante bestiole hybride Tuk-Tuk qui lui permet de parcourir les contrées du royaume, Raya n'a plus qu'un seul et unique but : retrouver Sisu, le seul dragon ayant survécu, afin d'apporter la paix sur Kumandra. Digne héritière et nouvelle arrivée dans le cercle des princesses Disney, Raya a cela de particulier qu'elle est une guerrière redoutable dès son plus jeune âge ; solitaire, déterminée et indépendante, elle n'a d'autre ambition que son objectif premier. Mais, si l'intention est louable, ses trop grandes similitudes avec ses congénères — Mulan, Pocahontas, Mérida — lui ôtent une bonne dose de charisme. A ses côtés, l'intrépide et anthropomorphique dragon Sisu, doublé en version française pour une Géraldine Nakache très investie, lui coupe l'herbe sous le pied. Doté d'un pouvoir de métamorphose à l'instar des autres dragons, son dynamisme et sa vitalité apportent une fraîcheur comique bienvenue qui ternit davantage l'aspect conventionnel de l'héroïne.

Au fil de leur périple dans des contrées désespérément vides, rendues époustouflantes par des visuels très réussis, Raya et Tuk-Tuk vont rencontrer les différentes tribus peuplant Kumandra. Néanmoins, la traversée du royaume se fait d'une manière très linéaire, les personnages étant présentés successivement sans jamais vraiment gagner en profondeur et en personnalité. Seule Namaari, rivale de Raya se déplaçant à dos de gros chat effrayant, dispose d'un traitement un peu plus complexe : la relation qu'elle entretient avec Raya interroge subtilement sur l'amitié, le sens de l'honneur, du devoir et du respect. Road-trip dans les méandres savoureuses de l'Orient, Raya et le dernier dragon offre cependant des scènes épiques à tout point de vue tout en dépaysant le spectateur : orchestration des combats, poursuites vertigineuses, confrontations musclées, rien n'est laissé au hasard pour rappeler l'univers asiatique dont le film souhaite faire découvrir la culture et ce, même si la bande-originale de James Newton Howard manque d'audace et d'identité certaine.

S'éloignant de la fable purement divertissante ou du musical à la Broadway, l'absence de chansons en étant la preuve, Raya et le dernier dragon est avant tout un film d'action qui aura le mérite de proposer une histoire originale tout en sublimant le continent asiatique. Malgré tout, ses rapports trop nombreux avec les classiques d'antan ne confèrent pas au spectateur un souvenir impérissable de ces aventures en terre des dragons.