Nomadland

Oscar du Meilleur Film, Oscar de la Meilleure Actrice, Oscar de la Meilleure Réalisation, Lion d'Or... L'année 2021 a été riche en émotions pour l'adaptation du roman de Jessica Bruder par Chloé Zhao, Nomadland ! Cette histoire, basée sur des faits réels, nous conte le destin de Fern qui, en 2011, après la mort de son mari et la perte de son emploi dans une usine américaine de plâtres, située à Empire dans le Nevada, décide d'acheter une camionnette pour (sur)vivre et parcourir le pays à la recherche d'un nouveau boulot. Elle accepte alors un travail saisonnier chez le géant mondial Amazon, le temps d'un hiver...

Sur une musique émouvante et toute en douceur signée Ludovico Einaudi, le troisième film de la réalisatrice est une belle claque, dans tous les sens du terme. Là où le roman pouvait parfois se perdre dans des considérations numérologiques et scientifiques, ce troisième long-métrage de la réalisatrice dispose d'indéniables atouts pour trouver satisfaction. Le rôle-titre attribué à Frances McDormand en est le summum : déjà remarquable à ses débuts chez les Frères Coen, l'actrice trouve une nouvelle fois le moyen d'éblouir le spectateur grâce à un jeu d'une justesse exemplaire. Tantôt tiraillée par la situation de son personnage, tantôt joviale et espiègle, l'actrice livre une performance d'un naturel déconcertant. L'Oscar est amplement mérité. Deuxième force primordiale : l'entourage de Fern. Les nomades qui la côtoient, puisque le film n'aborde pas seulement son histoire, jouent pour la plupart leur propre rôle, à l'image de Linda May ou Charlene Swankie. Evidemment, les répliques en deviennent savoureuses, fluides, réelles. Peu de films peuvent ainsi se vanter de mettre en place des relations entre les personnages aussi spontanées. Si parfois la tentation du documentaire se porte à l'esprit, celui-ci comprend assez rapidement que Nomadland reste une fiction. Une fiction basée sur le réel mais une fiction, tout de même.

Parce que Nomadland, ce n'est pas seulement le témoignage de centaines de nomades américains contraints de vivre, volontairement ou non, dans leur van. Nomadland, c'est avant tout une histoire de partage, d'entraide, d'écoute et d'optimisme. Et, dans une période contemporaine très troublée, ces points positifs réconfortent le coeur. De nombreuses scènes mettent en place une émotion prenante grâce, notamment, à des cadrages intimistes : l'incompréhension des proches de Fern sur ses choix de vie, le destin tragique et souvent muet de personnages confrontés à la mort ou à leur propre maladie, des attachements matériels à priori futiles mais qui maintiennent l'espoir face à un quotidien très incertain, ou des rires, simples mais si émouvants. On s'extasie également de la beauté des paysages retenus : tour à tour tortueux et froids, à l'image de la vie de ces itinérants, ceux-ci se muent en un miroir naturel des états d'âme de leurs hôtes.

Indéniablement, Nomadland ne peut laisser indifférent. Le lyrisme rugueux qui s'en dégage offre tant de contrastes que le coeur ne peut qu'y être sensible. De même, cette volonté du personnage d'aller toujours de l'avant, surmontant chaque épreuve que la vie place devant lui, amène sur une leçon de vie juste et non-moralisatrice. Un bijou !