Méandre

Pour son deuxième essai derrière la caméra, le cinéaste français Mathieu Turi quitte la sphère apocalyptique entreprise avec Hostile pour s'essayer au genre du thriller d'enfermement. Méandre, c'est l'histoire de Lisa, une jeune femme qui, après avoir été prise en auto-stop sur une route désertique, découvre que son chauffeur n'est autre qu'un tueur en série. Elle se réveille, après une violente dispute, dans un tube rempli de pièges mortels. Munie d'un bracelet lui indiquant un compte à rebours et d'une tenue futuriste, elle va vite se rendre compte que, pour pouvoir survivre, il lui faudra avancer dans cet écrin métallique coûte que coûte.

Après une brève séquence d'introduction plantant un décor déjà légèrement angoissant, le long-métrage entre directement dans le coeur de son sujet. En à peine quelques minutes, Lisa, au même titre que le spectateur, se retrouve cloîtrée dans ce labyrinthe circulaire et les épreuves qui l'attendent ne sont pas sans surprise. En optant, au contraire du récent Oxygène d'Alexandre Aja, pour une narration en mouvement, le réalisateur insuffle une dynamique perpétuelle à l'avancement de son personnage. A aucun moment, le public ne peut se douter des dangers qui vont apparaître  et, dans ces recoins aussi effrayants que sombres, Dieu semble être le seul à savoir ce qui s'y cache. Il est vrai que les choix scénaristiques, en dépit d'une multitude de rebondissements suffocants et anxiogènes, n'offrent pas d'originalité folle. Les pièges croisés par l'héroïne, sans qu'ils ne tombent dans un gore exacerbé, relèvent souvent de lieu commun propre au genre : le feu, l'acide, l'eau, la lame tranchante, le survivant zombifié...

Un mélange pour le peu convenu mais qui, au regard de l'absence de dialogues, offre une vraie force de divertissement. Une récréation confinée dans laquelle l'actrice principale, Gaia Weiss, excelle en jouant le jeu à fond. Il est admirable de voir les différents mouvements opérés par la comédienne : qu'elle rampe, se contorsionne ou s'immerge, tout semble si évident que même ses expressions faciales en deviennent criantes de réalisme. Néanmoins, malgré l'excellence de ce premier rôle, certaines incohérences inhérentes au fonctionnement du tube sont à déplorer et ce, même si l'influence évidente du jeu-vidéo pourrait permettre de les pardonner. De même, c'est dans l'intimité de l'histoire que réside la faiblesse principale de ce huis-clos : le parcours du combattant de Lisa se métamorphose en une réflexion à la fois psychologique et métaphysique des plus déroutantes et l'on en vient même à se demander si toutes ces étapes parcourues sont aussi légitimes qu'elle n'y paraissent.

S'embourbant dans ses propres méandres, Mathieu Turi livre une métaphore, malheureusement maladroite, du chemin de croix purificateur. Si la sincérité de la démarche ne fait aucun doute, l'oscillation entre le genre du thriller et celui de la science-fiction vient ébranler l'aspect ludique de l'expérience.