Le loup et le lion

Cinq ans après l'émouvante histoire sud-africaine de Charlie, un lion blanc et Mia, une jeune adolescente, Gilles de Maistre prolonge son expérience animalière avec Le loup et le lion, deux prédateurs réunis autour d'Alma, une jeune pianiste de 20 ans qui, après la mort de son grand-père, revient dans la maison de son enfance, perdue sur une île déserte du Canada. Sa vie bascule lorsqu'un louveteau en détresse, Mozart, et un lionceau, Rêveur, surgissent dans sa vie : Alma choisit de les garder pour les sauver de l'impensable et perpétuer le combat mené par son aïeul. Les deux bêtes à poils grandissent, jouent et évoluent côte à côte, s'aimant comme des frères, faisant fi de leurs différences et recevant la tendresse qu'ils méritent. Mais leur existence paradisiaque est menacée lorsque le secret d'Alma et le leur est découvert. Mozart et Rêveur, placés respectivement dans une réserve et dans un cirque, peuvent alors compter sur leur ténacité et l'amour de leur mère adoptive pour être réunis à nouveau.

Le scénario initial de Le Lion et le loup n'est pas sans rappeler celui de Mia et le lion blanc et explore un thème, celui de l'amitié animalière, déjà exploité par Jean-Jacques Annaud dans Deux frères. Rien de bien novateur donc. Le film en live-action a le mérite, pour gagner en crédibilité, de mettre en scène de vrais loups et lions, mais celui-ci s'embourbe dans une narration beaucoup trop schématique et simpliste : s'il est vrai que le public s'attendrira très certainement des facéties de Mozart et Rêveur, la teneur du propos est trop candide et irréaliste pour s'avérer convaincante. Dès le début du récit, le personnage d'Alma est confronté à deux espèces sauvages qu'elle va d'abord recueillir sans rencontrer aucune difficulté réelle puis retrouver grâce à une astuce scénaristique bien trop attendue. Le fil directeur musical favorise la cohérence globale de l'oeuvre au détriment de la moindre surprise. À la convenance de l'histoire répondent, très maladroitement, des désastres dans la construction et le montage. De la multiplicité des plans filmés au drone à l'effervescence d'un spectacle de cirque, Gilles de Maistre ose une folie créatrice somme toute inappropriée et absurde.

Qui plus est, dans ces féériques paysages canadiens changeant au gré des saisons, les comédiens sont malmenés par des dialogues et des situations d'une extrême pauvreté, comparables à un film dominical bien moralisant : la séduisante Molly Kunz s'en sort avec les honneurs face à ce rôle de jouvencelle passionnée mais son honnête prestation n'a rien de grandiloquent. Son personnage est réduit à l'archétype d'une « mère » privée de ses petits, cherchant par dessus-tout un bien-être salvateur dont on sait qu'il aura le dernier mot. Ses partenaires subissent un traitement tout aussi fâcheux : Charlie Carrick campe un scientifique benet et maladroit, Rebecca Croll une garde-forestière bourrue et Evan Buliung un vilain et cruel dompteur de fauves qui se fait réprimander par un fils écologiste. Bien malgré eux, les acteurs servent une abondance de clichés et un manichéisme, sans ambiguïtés ni nuances, peu pardonnables.

Le lion et loup prouve une fois encore que, même s'il est un globe-trotter et documentariste performant - Le Premier cri était en cela très réussi - Gilles de Maistre n'a de cesse, dans ses fictions, de concocter des recettes bien trop extravagantes et laissant peu de place à la subtilité. Panégyrique utopiste sur la préservation du vivant, le film trouve son unique salut dans la relation altruiste qui unit Mozart et Rêveur, seuls personnages provoquant l'adhésion et dont l'interprétation ne souffre d'aucun artifice.

Sortie le 13 octobre 2021.