Le Dragon argenté

Sans détenir un quelconque lien avec la saga Dragons des Studios Dreamworks, Le Dragon argenté est une adaptation du roman allemand pour enfants Le Cavalier du Dragon écrit à la fin des années 1990 par Cornelia Funke. Le film d'animation, sorti outre-rhin l'été dernier, a été acquis par la plateforme Netflix afin d'assurer une distribution mondiale. Une aubaine pour découvrir l'histoire de Lóng, un jeune dragon qui en a assez de devoir se cacher en permanence dans une vallée boisée à cause de l'expansion humaine. Pour prouver à l'ancienne génération qu'il est un vrai dragon, Lóng va partir, accompagné de Fleur de Soufre, une kobolde des bois, à la recherche de la Lisière du Ciel, un refuge pour dragons situé près de l'Himalaya. Dans sa quête, le reptile ailé se liera d'amitié avec Ben, un jeune orphelin qui prétend être un chevaucheur de dragons. Malgré la réticence de Fleur de Soufre, les trois compères devront pourtant se serrer les coudes pour contrer les plans machiavéliques du maléfique Ortimore, qui, lancé à leur poursuite, cherche à détruire tous les dragons encore vivants.

Premier long-métrage du cinéaste Tomer Eshed, Le Dragon argenté réinvestit le thème du couple dragon-humain tout en le modernisant. Alors que la majeure partie des histoires narrant les péripéties de ces monstres écailleux se déroule toujours dans des temps reculés, celle-ci a cela d'original qu'elle fait perdurer la présence des dragons dans notre monde contemporain. L'homme, dont la place ne cesse de croître sur Terre, devient alors un frein au bonheur reptilien, point initial du voyage entrepris par Lóng. En filigrane se lit habilement une critique de la prépondérance du genre humain face à un règne animal toujours plus menacé. Malgré tout, cette cohabitation des espèces fabuleuses avec les descendants des primates est tout juste évoquée au profit d'un motif : la recherche de la Lisière du Ciel.

A la manière d'un conte où le héros doit traverser de nombreuses épreuves avant d'atteindre son but, l'intrigue ne manque pas d'inventivité mais souffre d'une trop grande rapidité d'exécution dans le déroulement des aventures. Celles-ci s'accumulent au point d'en devenir éminemment simples. Les adjuvants ou les adversaires se succèdent en ne devenant que des prétextes à une odyssée furtive — c'est le cas de la rencontre avec le Professeur Barnabé Dupré, homme tout à fait louable dans sa volonté de prendre soin des espèces d'exception de la planète et de remémorer au public des créatures mythiques parfois oubliées : elfes des sables, serpents de mer, faucons des cimes, basilics... Tout en excluant son rôle prévisible dans le dénouement de l'histoire, sa présence dérisoire n'est qu'un coup de pouce donné de façon maladroite. De même, l'apparition quelque peu grossière d'un djinn visionnaire constitue, d'un point de vue scénaristique, une facilité très enfantine. Ainsi, le traitement des personnages reste tout à fait inégal : là où des interlocuteurs cruciaux manquent à coup sûr d'une psychologie développée et d'une place dans l'action minimisée, le trio héroïque s'avère réellement réussi.

Grâce au doublage impeccable de Yoann Sover, Fabrice Trojani et Maryne Bertieaux, Ben l'intrépide, Lóng le circonspect et Fleur de Soufre la ronchonneuse obtiennent toute la sympathie d'un spectateur heureux d'observer, certes rapidement, une synergie délicieuse se mettre en place. L'animation des personnages favorise aussi cette adhésion puisque, sans être parfaite, elle s'avère d'une fluidité plutôt rare pour un premier long-métrage. Seul l'articulation du méchant de l'histoire, Ortimore, un dragonoïde féroce de 500 ans se déplaçant dans une tête de scaphandre, laisse à désirer, la faute peut-être à un aspect métallique peu raffiné et en totale inadéquation avec la beauté des paysages parcourus. Car, des gorges végétales et luxuriantes au temple du cavalier du dragon, en passant par le survol des mers ou l'exploration d'une grotte de glace luminescente, le long-métrage offre, en parallèle, de fabuleux tableaux qui raviront l'oeil. L'occasion de découvrir une ribambelle de personnages secondaires dont un couple hindou au potentiel comique indéniable.

Peu téméraire dans sa narration et, de temps à autre, manquant d'homogénéité dans l'animation, Le Dragon argenté se révèle être une bonne surprise : tout en osant des références culturelles bien placées, cette aventure où règne l'entraide et l'amitié se laisse regarder comme on mâche un bonbon acidulé : avec plaisir.