La colonie

Présenté au Festival de Berlin et produit par l'un des maîtres incontournables du genre de la science-fiction, Roland Emmerich (Le Jour d'après, 2012), La Colonie se présente comme une nouvelle dystopie post-apocalyptique, en vogue depuis quelques années. Devenue inhabitable, la Terre a été abandonnée par ses habitants les plus aisés, partis s'installer sur la planète Kepler. Contraints de rester enfermés et après deux générations passés sur cet astre salvateur provisoire, un mal ronge l'ancienne population terrestre : l'infécondité. La mission, Ulysse 1, visant à retourner sur la planète bleue ayant été un échec, Blake et Tucker grimpent à leur tour dans une capsule qui pourrait changer l'avenir de l'humanité toute entière...

Tourné dans des décors réels au Nord de l'Allemagne, plus exactement dans la région de la mer des Wadden, La Colonie peut se vanter d'une photographie à couper le souffle. Si l'on comprend dès l'arrivée des deux personnages missionnés que la Terre n'est plus qu'un vaste terrain boueux, victime de la montée régulière des eaux et prisonnière d'une brume humide persistante, l'environnement dans lequel ils évoluent s'avère, sans effets spéciaux majeurs, à la fois inquiétant et terriblement artistique. A de nombreuses reprises, notamment durant la première partie de l'histoire, le spectateur plonge son regard dans des toiles de maître figées, dont la nébulosité bleutée reflète la part de mystère à résoudre. Isolée dans cette ambiance vaporeuse, Norah Arnezeder, révélée par Faubourg 36 et depuis plus adepte des productions étrangères, s'en sort avec les honneurs. Coupe courte, visage souillé, elle offre à son personnage une consistance nuancée, quand bien même le traitement de ce dernier ne soit pas approfondi.

Une problématique majeure de cette colonie qui le fait sombrer malheureusement dans des abysses scénaristiques : exceptée une technique bien maîtrisée, l'histoire souffre de nombreux temps morts et d'un manque de souffle épique certains. Les dialogues, réduits à peau de chagrin, sont d'un conventionnel déroutant et, couplés à certaines images d'un symbolisme douteux voire naïf, n'osent aucune prise de risque. Les autres personnages rencontrés par l'héroïne tombent dans un manichéisme docile : les « Vaseux », survivants du cataclysme ayant éloigné les hommes, sont présentés comme des êtres mal fagotés, sales, étanches à la pitié et brutaux tandis que les kepleriens ayant de nouveau foulé le sol terrestre fluctuent entre bonhommie altruiste et caricature maladroitement ordinaire. Il suffit d'observer les deux personnages campés par Iain Glen et Sebastian Roché pour s'en rendre compte : un combat insipide entre deux figures bien évidemment antithétiques.

Alors que le réalisateur Tim Fehlbaum évoquait, dès le début de son opus, le changement climatique, les pandémies et les guerres sur la Terre Mère, la colorimétrie offerte par celui-ci s'évapore vers d'autres horizons que seuls les choix esthétiques parviendront à rendre captivants. Car, La Colonie, tout en ne transfigurant pas le genre, ne fourmille jamais véritablement d'idées novatrices et est dépourvu d'audace. S'immisce pourtant un anecdotique traitement des rapports humains, entre classes ou sexes dominants et dominés, qui, s'il avait occupé une place plus centrale, aurait conféré une épaisseur plus solide au projet.