Kaamelott - Premier volet

Dix ans après la fin des aventures en série et plus de 400 épisodes portés sur le petit écran, Alexandre Astier revient avec son premier volet d'une trilogie cinématographique très attendue de la suite des aventures des célèbres chevaliers de La Table Ronde. Plongé dans la tyrannie du Seigneur Lancelot depuis dix ans, le Royaume de Logres est soumis au despote : les crimes se perpétuent, la population se meurt et tout signe d'espoir semble perdu. Mais, de petits groupes de résistants, parmi lesquels les plus fervents défenseurs du Roi Arthur, s'organisent dans tout le royaume, en surface et sous terre, afin de préparer une offensive contre l'oppresseur. Mais une rumeur a tôt fait de renforcer les forces des troupes : le fils Pendragon serait de retour en Bretagne...

... Un retour qui fait autant de bien à ses acolytes qu'au spectateur. Dix ans après, la magie fonctionne toujours et ce, grâce à une équipe d'acteurs toujours en pleine osmose, et dont l'humour, malgré une noirceur apparente, demeure intact. Alexandre Astier officie en tant que chef de file, toujours à l'aise et juste dans son costume d'Arthur. La jeunesse du personnage nous est révélée à travers une série de flashbacks dont on ne sait, pour le moment, l'intérêt qu'ils possèdent dans la narration. On retrouve avec plaisir, à l'exception près de quelques personnages, les figures qui ont fait l'aura de la série : Franck Pitiot et Jean-Christophe Hembert restent et resteront ce duo magique, Perceval et Karadoc, dont la sympathie n'est plus à prouver ; Anne Girouard reprend avec sensibilité les traits d'une Guenièvre persécutée tandis que Thomas Cousseau incarne un Lancelot beaucoup plus ténébreux, prisonnier d'un costume qui dissimule sa folie. De nouveaux personnages font leur apparition : Horso et Whulfstan, campés respectivement par Sting et Jehnny Beth viennent jouer les Saxons arrivistes, Clovis Cornillac interprète Quarto, un marchand d'esclaves douteux et Géraldine Nakache, la Duchesse d'Aquitaine, épouse du personnage joué par Alain Chabat.

Mais, si cette galerie de personnages, anciens ou nouveaux, crée un microcosme cohérent, le développement de chacun d'entre eux reste encore trop anecdotique pour être totalement convaincant. De nombreuses zones d'ombre relative à l'ellipse narrative décennale se font sentir et l'esprit du spectateur se perd dans de multiples interrogations... L'humour qui a fait le succès de la série se retrouve par petites touches, probablement dû au format plus long : certains scènes amusent, font sourire à l'image de celles jouées par le quatuor formé par Christian Clavier, Antoine de Caunes, François Rollin et Jean-Robert Lombard. La plus grande importance donnée au peuple des Burgondes est aussi l'occasion de scènes cocasses. Mais l'humour n'est plus le maître-mot à Kaamelott : la guerre menée contre Le Chevalier à la Charrette est si primordiale que ce Kaamelott - Premier Volet laisse la part belle à la noirceur.

Une noirceur qui prend son pied dans des décors et des costumes somptueux : l'atmosphère médiévale belliqueuse, dans laquelle le sang est le maître-mot, se mue en des paysages remplis d'amertume ; les habits ne resplendissent plus du faste de la cour et même Excalibur a troqué sa flamboyance solaire pour une lueur hivernale. Et c'est probablement face cette noirceur où le film pêche. Là où la série proposait des huis-clos au ressort comique incontournable, la tentation du long-métrage oscille entre deux ambitions : renouer avec le passé millimétré de la série d'origine tout en proposant une fresque épique, mais qui manque encore de souffle divin pour être totalement haletante. Quand bien même le générique final nous laisse à penser qu'une nouvelle dimension sera amorcée dans le prochain opus...

En somme, ce premier volet reste avant tout une porte d'ouverture pour la trilogie annoncée : des personnages emblématiques toujours efficaces, une intrigue qui se met en place progressivement. Il ne reste plus au réalisateur qu'à donner plus de corps à l'ensemble, en se recentrant sur l'essence même de ce qui caractérise Kaamelott.