Free Guy

Guy, un jeune employé de banque ne se séparant jamais de sa chemisette bleue, vit une vie tout à fait ordinaire à Free City, une ville sans foi ni loi dans laquelle les habitants sont, en réalité, les personnages d'un jeu-vidéo. Cohabitant avec les autres PNJ de son style (c'est-à-dire un Personnage Non Jouable, un figurant en quelque sorte) et des êtres beaucoup plus actifs, avatars de véritables joueurs, Guy, intelligence artificielle développée, va, aux côtés de Molotov Girl, pseudonyme de la joueuse réelle Milie, tout faire pour rendre son monde meilleur en prônant la bienveillance et la liberté. Mais de quelle manière s'y prendre lorsque le monde dans lequel vous vivez n'est qu'un mirage ?

Si le monde des jeux-vidéos est à l'honneur dans le septième art depuis quelque années, c'est au tour du réalisateur Shawn Levy (La Nuit au Musée) de se lancer à l'assaut du virtuel. Malheureusement pour lui, ce monde difficile d'accès est loin d'être saisissable dans toutes ses nuances. Le cinéaste tente tant bien que mal d'allier superproduction et divertissement en ayant à la fois recours à la comédie romantique, au blockbuster voire au film de supers. Mais, l'alliage de ces différents genres ne procure chez le spectateur qu'un sentiment de frustration intense dans la mesure où aucun d'entre eux n'est réellement approfondi. D'une part, les effets visuels numériques sont surfaits et, même s'ils entrent en corrélation avec le monde de Guy, on ne peut pardonner, au regard des moyens techniques actuels, du peu de modernisme qui leur est accordé. D'autre part, la romance sous-jacente, dont l'issue finale est perceptible dès le premier quart du film, n'apporte aucune saveur délectable.

Auréolés par un humour potache, les personnages provoquent un attachement très limité et restent les pions d'une histoire très manichéenne. Certes, Ryan Reynolds, l'interprète de Guy, tire son épingle du jeu grâce à une performance tout en ingénuité, mais le recours systématique au sourire niais devient monotone après près de deux heures de projection. L'alchimie avec sa jeune partenaire Jodie Comer fonctionne néanmoins plutôt bien : le spectateur se prend au jeu d'un amour impossible entre Guy et Milie et navigue volontiers entre deux mondes que tout semble éloigner. Malgré tout, au-delà du couple, peu de figures tirent leur épingle du jeu : Joe Keery et Utkarsh Ambudkar prêtent leurs traits à deux employés insipides de la compagnie Soonami, dont le chef Antwan, interprété par Taika Waititi, se prête à des excès de colères beaucoup trop outranciers. Laissons de côté les gamers caricaturés, une fois de plus, en débiles légers, prisonniers de leur univers digital et ayant besoin du recours à un monde inexistant pour comprendre le leur...

Même si on appréciera le message sous-jacent, bien qu'un peu naïf, la critique légère de la société lucrative et les quelques références et emprunts à des incontournables du jeu-vidéo ou de la pop-culture, Free Guy est si formaté qu'il en devient simpliste. En somme, un film pop-corn estival qui ne savoure que du bout des doigts, jusqu'à la prochaine réinitialisation.