Cry Macho

Du haut de ses quatre-vingt-onze ans, Clint Eastwood est sans conteste l'une des figures majeures du cinéma hollywoodien. Devant ou derrière la caméra, chacun de ses projets est attendu avec impatience par les cinéphiles, d'autant que les succès et les réussites se comptent par dizaines : le romantique Sur la route de Madison, le musclé Million Dollar Baby, l'inoubliable L'Echange ou l'haletant Gran Torino... le réalisateur, non sans sarcasme, focalise son oeil sur son pays natal, défendant souvent les pauvres gens de cette nation désenchantée. Cette année, il est de retour sous le stetson de Mike Milo, un éleveur de chevaux autrefois vedette de rodéo, qui accepte la mission herculéenne de son patron Howard Polk : ramener Rafa, le fils ce se dernier, coincé au Mexique sous l'emprise d'une mère aussi affriolante qu'ensorceleuse, Leta. Mike, Rafa et Macho, le coq de combat de l'adolescent, sont obligés d'emprunter des routes de campagne pour rebrousser chemin jusqu'aux Etats-Unis, croisant sur leur route une vigoureuse pègre, une aberrante police mais aussi de charitables locaux.

Sous des airs de road-movie initiatique douteux, Cry Macho souffre avant tout d'une histoire bancale, cousue de fil blanc, les scénaristes N. Richard Nash et Nick Schenk présentant la quête de leur personnage principal comme une succession d'actions insignifiantes et légères, portées par une naïveté étonnante et une mise en scène rachitique. Même si la traversée des routes américano-mexicaines est ponctuée par des plans d'une beauté brute, les péripéties sont loin d'égaler la profondeur des paysages. Sans la moindre difficulté, les personnages poursuivent une quête toute tracée, dont les obstacles sont balayés d'un revers de mains. Alors que leur voiture vient d'être dérobée, les deux improbables acolytes se retrouvent, en un rien de temps, dans la ville à proximité : l'ellipse narrative creuse une zone d'ombre inévitable sans chercher à renforcer davantage le lien qui unit les deux étrangers. Larrons à leur tour, ils débarquent dans l'Auberge de la Luna et obtiennent l'aide inattendue de Marta, une serveuse solaire qui, dans un monde où les gringos sont considérés comme de véritables ennemis, en profite pour faire de sa taverne une rémission contre les autorités à leurs trousses.

Malheureusement, cette séquence s'alourdit rapidement d'une romance souterraine un brin déplacée : Mike et Marta flirtent, se caressent les mains, dansent dans une atmosphère d'adolescence candide bien invraisemblable. Laissons de côté les leçons de vie très assommantes, et les apparitions bouffonnes d'un homme de main insipide, chaque fois remis en place par un coq, garde du corps belliqueux, qui livre probablement la meilleure performance du film. En effet, le jeune Eduardo Minett, desservi par des dialogues puérils, au même titre que tous les personnages, manque vraiment de charisme tandis que les personnages féminins incarnés par les ravissantes Natalia Traven et Fernanda Urrejola sont grossièrement écrits ou caricaturaux. Toutefois, malgré un rôle où sa crédibilité est questionnée, subsistent la prestance et le panache d'un Samson indétrônable, d'un magnétisme presque divin et à qui le spectateur pardonnera affectueusement cet écart de trajectoire.

D'un anecdotisme peu savoureux, Cry Macho, inspiré de l'oeuvre de fiction du même nom, ne se montre pas à la hauteur des autres chefs-d'oeuvre du réalisateur. Pourtant à l'origine de sa renommée, les thèmes eastwoodiens perdent leur aspect percutant au profit d'un enlisement et d'un soporifisme endémiques.