Aya et la sorcière

Après six ans d'absence, les studios Ghibli décident, pour leur vingt-deuxième long-métrage d'animation, de faire de nouveau confiance à Gorō Miyasaki, le fils du très renommé Hayao, qui signe son troisième film d'animation après Les Contes de Terremer et La Colline aux Coquelicots. Première création en images de synthèse du studio, Aya et la sorcière, adapté du roman pour la jeunesse Earwig and the Witch de Diana Wynne Jones, conte l'histoire d'une jeune fille, Aya, qui, après avoir été abandonnée par sa fabuleuse mère, est contrainte de vivre dans un orphelinat plutôt chaleureux. Dans ce foyer familial de substitution, Aya développe un fort caractère mais refuse de quitter sa nouvelle maison et son ami Custard. L'arrivée de Bella Yaga et Mandrake, un couple fantasque, contraint la fillette à déménager et à devenir la soubrette de ce duo énigmatique.

Depuis la création des studios, les sorcières ont le vent en poupe dans la mythologie ghiblienne : Kiki dans Kiki, la petite sorcière, Yubaba dans Le Voyage de Chihiro ou encore l'involontaire Mary dans Mary et la Fleur de la sorcière (réalisé par d'anciens membres des studios, pour Ponoc) ; une récurrence offrant un divertissement magique toujours agréable mais étrangement absent des dernières productions depuis quelques années. Aya rejoint le rang de ces dames au balai, à la différence près qu'elle n'emporte pas la même adhésion auprès du public. Aussi caractérielle soit-elle, le traitement de son personnage est si peu poussé que celui-ci ne procure strictement aucune émotion. Si l'enfant évolue pendant la majeure partie du film face à des « ravisseurs » abjects, ceux-ci sont traités avec la même désinvolture : jamais l'aigreur de Bella Yaga n'est remise en question tandis que le démoniaque Mandrake, enfermé dans sa rancoeur, ne subit aucune évolution psychologique qui déboucherait sur une éventuelle stupéfaction narrative.

Une narration qui subit les mêmes travers : pendant plus de quatre-vingts minutes, le spectateur se trouve enfermé dans cette bâtisse aux portes mouvantes et aux odeurs peu ragoûtantes. Il observe Aya récurer en bonne Cendrillon contemporaine, il regarde Aya sortir de ses gonds dès que l'occasion se présente, il guette les potions concoctées par Aya avec l'aide de Thomas, un chat timide et peureux sachant parler... Mais il ne découvre et n'apprend rien. Tout simplement parce que l'histoire s'embourbe dans un éternel recommencement ne laissant aucune place au rebondissement. Un néant scénaristique dont le dénouement, aussi imprévisible qu'expédié, ne viendra rien rattraper. Mais là où le bât blesse le plus, c'est incontestablement dans cette absurde nouveauté de l'animation en trois dimensions : aucun des personnages, principaux ou secondaires, n'est traité avec respect — les expressions, figées ou hyperboliques, laissent coi, tout en rappelant, non sans tristesse, le pire des productions diffusées sur Gulli —, les décors sont d'une fadeur absolue et, malgré la volonté d'implanter une atmosphère merveilleuse, il n'en reste de mémorables qu'un chat anthropomorphique craquant et des petits démons malicieux.

En prenant de plus en plus de libertés face à une essence identitaire construite par son père, Gorō Miyasaki récolte les fruits de sa prétention : le lyrisme poétique qui a fait la popularité et la singularité de Ghibli s'évapore au profit d'une tentation mondialisante maladroite et terriblement ennuyante. Ne subsistera de cet Aya et la sorcière qu'un générique traditionnel frustrant car étonnamment réussi.