Awake

Pour son troisième long-métrage, le réalisateur Mark Raso poursuit son intérêt pour le drame familial en l'agrémentant d'une touche de science-fiction, inspiré par les films à teneur apocalyptique. En effet, un mystérieux phénomène, dont l'origine est inconnu, provoque une panne générale du système électrique et les habitants de la planète ne parviennent plus à trouver le sommeil. Ces derniers tombent alors dans une démence progressive les amenant à des actes inimaginables ou deviennent les victimes de l'absence de mise en veille du cerveau. Mais, Jill, une ex-soldate au passé flou, semble être la seule à détenir le remède pour contrer la contagion : sa fille Matilda qui, elle, parvient encore à dormir. S'engage alors, en compagnie du fils Noah, un véritable périple pour survivre.

Cette virée sur les routes américaines est le prétexte pour rencontrer divers passants ou communautés qui sombrent tous, peu à peu, dans la folie. A ce titre, le long-métrage offre plusieurs bonnes idées à l'image de cette scène de lutte entre un pasteur, représentant du camp religieux, qui, sous-couvert de foi, prétend détenir la clef salvatrice mais pourtant ignoble de la guérison, et Brian, un défenseur de la science moderne au service du Docteur Murphy qui, lui, opte pour la voix de la raison. Une raison toute relative en ce que les rares ensommeillés deviennent finalement des rats de laboratoire dont on se moque totalement du bien-être. Une critique dissimulée de la recherche coûte que coûte qui côtoie celle de la prolifération des armes à feu. Une critique subtile de l'Amérique d'aujourd'hui et de ses travers persistants.

Toujours est-il que si la narration pointe ponctuellement la faiblesse du genre humain, sa construction générale est complètement décousue. Le désir de suivre corps et âme ce trio familial amène indéniablement à une lenteur scénaristique : les rencontres sont furtives, juxtaposées, et un brin trop systématiques pour que l'attachement ait lieu. Aucun des thèmes traités ni aucun des personnages ne gagne en profondeur et, dans un monde où tout part en vrille, on aurait aimé, au moins, être le complice dissimulé d'une famille dans le besoin. Pourtant, il faut admettre que l'interprétation des acteurs est plutôt bonne. Gina Rodriguez porte une bonne partie du film sur ses épaules et, face à un rôle aussi conventionnel que celui proposé, elle ne tombe jamais dans le cliché. Les deux interprètes de ses enfants de fiction, Ariana Greenblatt et Lucius Hoyos s'imposent tout en douceur tandis que l'énigmatique Jennifer Jason Leigh joue à merveille le trouble d'une femme tiraillée entre ses devoirs professionnels et son désir de s'en sortir.

Grâce à une palette d'acteurs investis mais mis à mal par des dialogues assez ternes, Awake ne tend jamais vers la pépite éveillée que l'on aurait souhaitée. S'appuyant sur une photographie toute aussi attendue, cette course au repos fait preuve d'une triste fadeur, d'autant que le film trouve son point d'orgue dans une résolution aussi molle que décevante.