Aline

Quatre ans après être retournée vivre chez ses parents dans Marie-Francine, la trublionne Valérie Lemercier revient en force cette année avec Aline, un vrai-faux biopic sur la vie de la star internationale québécoise Céline Dion. Dans le Québec de la fin des années 60, Sylvette et Anglomard accueillent leur quatorzième enfant, prénommée Aline. Dans la famille Dieu, la musique rythme les repas de famille et les retrouvailles. Lorsqu'Aline grandit, on découvre qu'elle aussi possède un don pour le quatrième art : elle chante divinement bien. L'un de ses frères, épaulé par une mère souhaitant faire briller son bébé, envoie alors une maquette à Guy-Claude, un producteur de musique qui tombe directement sous le charme de la voix angélique de la jeune femme. Avec le clan Dieu, ils n'ont alors plus qu'une idée en tête, faire d'Aline la plus grande chanteuse au monde et lui écrire un destin hors-norme.

La modification des noms et prénoms n'a aucun effet négatif sur la structure narrative globale du long-métrage : sans que la chanteuse québecoise n'intervienne dans le processus de création et tout en ayant reçu l'aval de l'entourage pour la publication de cet hommage, ce film aux parfums de Céline Dion touche avant tout par son innocence. Sans jamais tomber dans la biographie pompeusement élogieuse ou la caricature déplacée, Valérie Lemercier s'attache, non sans ambition, à retracer le parcours admirable de cette enfant populaire timide et à la dentition imparfaite. Le début du film remonte jusqu'aux origines des parents de Céline Dion, Thérèse et Adhémar, en venant doucement se focaliser sur la dernière de la fratrie et ce, tout en mettant en avant ses origines modestes. Deux personnages, renommés pour l'heure Sylvette et Anglomard, interprétés respectivement par les canadiens Danielle Fichaud et Roc LaFortune et dont le capital sympathie est époustouflant. A l'actrice détonnante, burlesque, extravagante et surtout mémorable, répond un comédien d'une douceur épidermique.

Une dualité qui contamine l'ensemble de l'oeuvre au point qu'elle parvient à créer, chez le spectateur, un sentiment d'intense satisfaction. Tout en glissant — à l'image de cet Aline de Christophe remplaçant le Céline d'Hugues Aufray dans les motivations du choix du prénom de l'artiste — des clins d'oeil habiles à la vie de la star, Valérie Lemercier jongle entre partitions comiques et désarmantes. Les touches d'humour sont ponctuelles, n'alourdissant pas l'ensemble, et posent, dans cette démesure qui entoure la vie d'Aline, une légèreté astucieuse. Cours d'anglais crayon à la bouche, refonte d'une dentition désordonnée ou situation cocasse due à une robe de mariée imposante sont autant de réussites qui, associées à la bonhomie de Lemercier, fonctionnent parfaitement. L'émotion, de son côté et sans se montrer trop larmoyante, est admirablement répandue, notamment dans cette corrélation qui s'opère entre les textes des chansons de l'artiste et sa vie personnelle : ainsi, plus d'une dizaine de chansons s'invitent à l'écran et le spectateur ressent irrémédiablement le besoin de les fredonner.

Parce qu'au-delà de l'écriture d'une vie d'artiste, Valérie Lemercier s'attache à nous conter la vie d'une femme comme les autres, dont l'existence est marquée par les aléas de la vie. Une existence à priori dorée mais que les déboires pour enfanter, la gestion de la parentalité, la maladie ou l'aphonie passagère ramènent brutalement à la réalité. Une réalité partagée avec celui qu'elle aime, René Angélil, sobriquettement rebaptisé Guy-Claude, et campé par un Sylvain Marcel impeccable, d'une bienveillance délicieuse. Face à lui, une Valérie Lemercier au paroxysme de sa carrière. L'actrice aux multiples facettes, interprétant le personnage à tout âge de sa vie, module sa voix en lui conférant une tonalité québécoise particulièrement adroite. Et, même si les prestations sur scènes se multiplient selon un angle de vue parfois un peu redondant, la comédienne contrefait la star sans tomber dans le ridicule. Une prouesse enveloppée par la voix de Victoria Sio, remarquable sosie vocal de l'artiste, dont la direction est époustouflante ; les deux vedettes réussissent, par l'union de leur corps et de leur voix, à se transformer en démiurges et à donner vie au personnage d'Aline.

Pari osé mais réussi, Aline nous embarque dans l'intimité passionnante d'une icône et d'une femme de coeur intergénérationnelle. D'une vitalité impétueuse, ce joyeux tourbillon musical joue sur la corde sensible de l'amour et du prodige en parvenant à créer une véritable triangulation entre une chanteuse, une actrice et un personnage.