Ainbo, princesse d'Amazonie

Depuis quelques années, le domaine de l'animation regorge d'inventivité pour faire découvrir, aux petits et aux plus grands, des histoires venues du monde entier, des histoires mettant sur le devant de la scène des mythologies oubliées voire inconnues. Après Elsa et Anna et la Scandinavie, Vaïana et la Polynésie, Raya et l'Asie du Sud-Est, Ainbo entend nous emmener sur le chemin de la culture amazonienne. Ainbo, c'est une jeune adolescente de treize ans qui a grandi au coeur des profondeurs du poumon de notre terre, loin des civilisations remuantes. Souhaitant devenir la meilleure chasseuse de Candamo, son quotidien est bouleversé par une exploitation forestière qui menace de tout détruire et de réveiller Yacuruna, un esprit malveillant. Elle décide, malgré les interdictions de sa reine et amie fraîchement désignée, Zumi, de s'engager coûte que coûte dans la préservation de son environnement, aidée par ses deux acolytes magiques, ses guides spirituels Vaca le tapir et Dillo, le tatou.

Réalisation collaborative entre le Pérou de Jose Zelada et les Pays-Bas de Richard Clauds, Ainbo, Princesse d'Amazonie est l'un de ces projets ambitieux, plein de promesses et sûrement entrepris avec entrain et dévouement. Malheureusement, dans une ère où l'animation se perfectionne aussi vite que la lumière, il est regrettable de voir que par un manque de budget flagrant, l'ensemble mis sur écran s'avère aussi fluide qu'un jeu-vidéo du début des années 2000. En effet, la comparaison avec les productions américaines, notamment celles de la firme aux grandes oreilles, n'offre aucune échappatoire et aucun salut à cette nouvelle princesse sud-américaine. Malgré un design plutôt appréciable des personnages et un soin apporté aux détails vestimentaires, l'animation souffre de saccades permanentes : les personnages évoluent au ralenti tout en proposant des mouvements parfois maladroits ou inaboutis tandis que les décors « junglesques » troquent leur magnificence naturelle pour une artificialité plastique beaucoup trop apparente.

Le constat est fâcheusement identique du point de vue scénaristique : malgré toute la sympathie ressentie face à l'héroïne et à sa mythologie, le spectateur est jeté directement dans cette dernière sans qu'on ne lui apporte un quelconque éclaircissement sur les figures qui peuplent l'imaginaire amazonien. Souffrant également de trop grandes similitudes avec son homologue disneyen Vaïana, la légende du bout du monde, le film trouve tardivement une identité qui est balayée en un tour de main. La raison est peut-être liée à un format bien court qui autorise un traitement seulement partiel de tous les éléments composant l'oeuvre : les péripéties s'enchaînent sans réels obstacles, les ressorts dramatiques sont rapidement devinables et les personnages sont victimes d'une psychologie éclopée. Même si l'intègre Ainbo se lance dans une quête tout à fait vertueuse, son manque de charisme, que la doublure trop infantilisante d'Audrey Lamy ne fait qu'amplifier, brise fatalement tout passage à une postérité classique. Reste une faune, menée par Vaca et Dillo, aux allures de peluches plutôt mignonnes, charmante dans sa candeur primitive.

Sans être totalement chaotique, Ainbo, Princesse d'Amazonie laisse un goût d'inachevé : l'histoire aguicheuse promise, celle d'une fable écologique et environnementale, est minimisée et n'occupe qu'une petite lucarne. Nonobstant cet échec, la collaboration séduira à coup sûr les plus jeunes qui se feront happer par le divertissement et trépigneront d'impatience à l'idée de quémander un arc... magique.