Dune

Classique incontournable de la littérature de science-fiction, le cycle de Dune n'en est pas à son premier coup d'essai au cinéma. En 1984, le réalisateur David Lynch adaptait le premier volume de l'hexalogie, sobrement intitulé Dune ; une expérience que réitère cette année Denis Villeneuve, le créateur des mémorables Prisoners et Premier contact.

L'histoire de Dune débute en l'an 10191 après la fondation de la Guilde Spatiale, un des trois piliers d’équilibre de l’Humanité. Le duc Leto Atréides reçoit de l'empereur Shaddam IV le contrôle de la très avantageuse et dangereuse planète désertique Arrakis. Cette terre poussiéreuse cache pourtant une ressource précieuse, l'Épice, une drogue qui prolonge la vie humaine, immunise contre les poisons et rend possible la navigation interstellaire. Cette sécrétion, produite par des vers de sable géants, entre alors sous le contrôle du Duc Leto qui va, accompagné de sa femme Dame Jessica, de son jeune fils et héritier Paul, et de ses soldats les plus fervents, se rendre sur Arrakis pour contrôler l'extraction de l'Épice. Malmenés par la présence des vers de sables géants qui attaquent toute source de vibrations et après avoir été victimes d'une trahison fomentée par la maison rivale Harkonnen, Paul et Jessica parviennent jusqu'aux Fremen, un peuple autochtone qui vit aux confins du désert arrakisien. Ces derniers, dans l'attente du Mahdi, le messie qui suscitera le soulèvement et les libèrera de l'oppression de l'Imperium, pourraient alors s'avérer de puissants alliés dans la quête de l'équilibre du monde.

A l'image des maisons rivales dans Game of Thrones, Dune offre une complexité actancielle et géographique importante pour le spectateur non initié. Si le long-métrage pose d'honnêtes bases en début de course — les planètes, les relations entre les personnages, les forces en présence —, il est parfois difficile de plonger corps et âme dans une aventure qui mélange autant de personnages. Sans succomber à une didactique imbuvable, le récit gagne finalement à présenter ses personnages peu à peu, au détour de scènes juxtaposées et progressives, permettant de se familiariser progressivement avec la mythologie fascinante d'Arrakis, même si certains traitements de protagonistes auraient gagné à être approfondis. En mélangeant et en empruntant à différents genres cinématographiques, Dune s'avère être une oeuvre composite qui, si elle pourra en dérouter certains, propose une palettes de couleurs l'éloignant de la fadeur. Des déambulations à travers le désert à la Prince of Persia aux combats spectraux atypiques à la Star Wars tout en passant par des scènes providentielles aux accents du Messie, la pluralité des références et parti-pris est judicieuse en ce qu'elle témoigne de la diversité singulière des maisons rivales.

Pour autant, dans ce conglomérat bien pensé, Hans Zimmer, en virtuose spirituel, unifie l'ensemble grâce à une bande-originale à couper le souffle, probablement l'une des meilleures de sa carrière. Inspirée par les bruits du vent et du sable, le compositeur insuffle une atmosphère à la fois épique et stellaire. À coups de cornemuse, de chœurs féminins dignes des tragédies antiques ou de sons tribaux étonnants, les partitions se succèdent et laissent place à des sonorités qui immergent irrémédiablement le spectateur dans un univers sacré. Une sacralisation qui prend de l'ampleur dans la figure angélique du jeune Timothée Chalamet. Sous le visage de Paul Atréide, l'acteur poursuit la dynamique élective messianique entreprise depuis sa participation à la production Netflix, Le Roi. Oscillant entre franche détermination et interrogations liées à sa position d'héritier, le jeune acteur originaire de Manhattan gagne en substance et en crédibilité grâce à un rôle d'une profondeur encore plus accrue. A ce titre, les scènes prophétiques subliment aussi bien la réalisation que l'acteur lui-même, apportant une touche de poésie insondablement chaleureuse et une espièglerie portée par la jeune et envoûtante Zendaya. Les parents de fiction de Paul, Oscar Isaac et Rebecca Ferguson, font preuve d'un traitement inégal mais nécessaire au bon déroulement de l'intrigue : si l'acteur officie avec prestance et conviction dans le rôle d'un duc à la direction de l'astre, la comédienne suédoise apporte une touche d'ésotérisme particulièrement mystique, notamment dans la révélation et l'usage d'un pouvoir guerrier bien dissimulé.

Son personnage est en effet membre des Bene Gesserit, un groupement d’individus de sexe féminin qui exerce une influence politique et religieuse sous l'autorité d´une Révérende Mère tout de noir vêtue, campée par une austère et impeccable Charlotte Rampling. Les seconds rôles, bien que trop nombreux pour les nommer un à un, participent à la cohésion globale de l'oeuvre. Tous sont impliqués et n'effectue aucune fausse note : parmi eux, un Stellan Skarsgård tout à fait ignoble et repoussant dans la peau du Baron Harkonnen et un Javier Bardem doté d'une puissance charismatique rare dans la peau du sage Stilgar, membre des Fremen.

Puissamment moderne et homérique, cette nouvelle réécriture de Dune par Denis Villeneuve, si elle n'est pas parfaite, rivalise avec les grandes épopées fondatrices de notre civilisation. L'action, mise en valeur par de prodigieux visuels, se déroule à un rythme effréné et se voit servie par des têtes d'affiches intrinsèquement investies. Graduellement, la planète Arrakis livre ses secrets et l'impatience se fait déjà grande pour découvrir la deuxième partie, dont le tournage est prévu l'année prochaine.