Entre glaciers et lacs :

 au coeur du Jotunheimen

Eté 2016. Oppressés par l'agitation ambiante et l'inertie quotidienne, nous décidons, promptement, de laisser s'entasser les dossiers plats et sans vie que nous traitons, de fuir la technologie qui nous entoure. Nous éprouvons le besoin de nous évader loin de la foule déchaînée, hors du temps, pour nous retrouver intérieurement.

Les tours bétonnées ont laissé place à des amas rocheux enneigés

face auxquels nous nous effaçons, tout en prenant conscience de notre frêle condition. 

Sans même construire notre périple, nous nous empressons d'entasser naïvement quelques affaires, loin de nous imaginer que cela puisse nous faire défaut durant notre excursion. Rien de ce que nous amenons ne nous permettra d'appréhender les conditions climatiques d'un pays qui jusqu'alors nous était inconnu. A la même latitude que l'Alaska et la Sibérie, la Norvège est imprévisible. Même si en été, le mercure peut atteindre 30°C, quand le vent et la pluie arrivent, il peut redescendre en quelques heures à 5°C. Tout se mue à une vitesse vertigineuse. 

6 août - 12 h 30.

Après quelques heures de vol, nous foulons enfin le sol scandinave laissant derrière nous, et sans regret, l'Hexagone. Clé en mains, nous dévorons les premiers kilomètres en découvrant de somptueux et divers paysages annonciateurs de la beauté de Jotunheimen.

Une région montagneuse de 3500 kilomètres carrés où se côtoient, entre les plus hauts sommets du pays, cascades, rivières, lacs, glaciers, vallées.

 

Notre ascension débute : nous avançons avec humilité sur des lacets toujours plus étroits. Le Royaume des Géants nous tend les bras et nous offre, à chaque virage, un nouveau décor, chaque fois plus saisissant. Nous décidons de nous arrêter pour figer l'instant : subjugués par l'immensité. Les tours bétonnées ont laissé place à des amas rocheux enneigés face auxquels nous nous effaçons, tout en prenant conscience de notre frêle condition. 

Nous défions avec notre objectif, enclenchant le retardateur de nos doigts transis de froid, le Galdhopiggen. Ses teintes bleutées et opalines ne sont que des modestes attributs de sa beauté glaciaire. Les lacs qui le soulignent n'ont pas à rougir de la majesté de son reflet ondulant au gré des vents. Leur calme est source de sérénité et de contemplation. 

Nous prenons la pose et prolongeons cet entretien intime, sans penser que les flocons viendraient magnifier le spectacle. Nous poursuivons notre route sous le regard attentif et imperturbable de ces couronnes gelées. La luminosité diminue aussi vite que notre carburant. 

 

L'adrénaline s'immisce alors dans nos esprits et une question obsédante se pose : « Ne resterons-nous pas prisonniers de cette grandeur aussi fascinante qu'hypnotique ? ». La tendresse apportée par les quelques animaux sauvages que nous croisons ne parvient pas à apaiser notre angoisse. Même le GPS a perdu le signal et nous cherchons, sans âme qui vive, notre logis.

 « Ne resterons-nous pas prisonniers de cette grandeur

aussi fascinante qu'hypnotique ? »

Ce n'est qu'au bout d'une heure et de nombreux kilomètres supplémentaires parcourus que nous parvenons à destination. Le premier jour s'achève en toute quiétude. Nous ressassons, au coin du feu, les réminiscences d'images désormais ancrées en nous.

Un projet et une ambition s'esquissent et se concrétisent à la fois : partir à la découverte du monde et de ses richesses. Oecume est né.