Sur les hauteurs de la région

de Garmisch-Partenkirchen

L’Europe cache en son cœur un joyau bien gardé : la Bavière. Loin des traditionnels costumes brodés, des robes à fleurs et des chapeaux à plume, les Alpes Bavaroises se laissent savourer pour ce qu’elles sont : des écrins de nature bruts et majestueux. Notre amour des grands espaces nous pousse à la démesure puisque ce n’est qu’après douze heures de route, en partance du littoral atlantique français, que nous entrevoyons enfin notre destination. Le chemin est long, fastidieux, au regard des voies que nous empruntons. C’est pourquoi, pour se délecter du reste du séjour, nous nous octroyons une bonne nuit de repos, impatients de découvrir plus intensément ce que les paysages ont laissé planer de mystères et d’étonnement. Il est vrai que nous n’imaginions pas cet endroit si attrayant et, pourtant, dès les premiers instants, une envie irrépressible de découverte éclate, jaillit, sans ne jamais faillir.

Cette découverte débute le lendemain matin par le château de Neuschwanstein, une extravagance architecturale signée Louis II qui inspira la citadelle de Walt Disney. Niché dans les forêts alpines et se détachant des monts par sa blancheur immaculée, l’édifice, avec ses tours et tourelles effilés, nous transporte dans un monde féérique : notre âme d’enfant se réveille, nos yeux s’écarquillent tant les souvenirs se font nombreux à la vision de ce qui constitue, dans nos esprits, le sanctuaire d’une belle princesse endormie. 

Tout n’est plus que blanc, grandiose, perfection. Nous ne sommes plus que petitesse, valets, soumission. 

Néanmoins, si la demeure vaut le coup d’œil, le sauvage nous appelle. Nous reprenons alors le volant, sillonnant les routes, les villages typiques extrêmement délectables sans quitter des yeux notre objectif : atteindre le Zugspitze et ses 2628 mètres d’altitude. Pour cela, nous traversons cette ligne imaginaire, dénommée frontière, pour atteindre Obermoos, en Autriche, point de départ de notre fulgurante ascension. Le désir de gravir manuellement cette merveille reste un rêve ; ainsi, en piètres escaladeurs, nous choisissons d’emprunter un téléphérique, impressionnant en ce que ses câbles, quasiment à la verticale sur certaines parcelles, nous entraînent à flanc de montagnes. 

Au fur et à mesure de la montée, nous sommes gagnés par un sentiment d’ivresse. Au loin, le lac Eibsee, gelé et recouvert de neige, apparaît comme une clairière blanche au milieu des sapins. Devant nous, les roches, elles, s’illuminent peu à peu par leur manteau neigeux tandis que les arêtes ne tardent pas à embellir et dessiner un nouveau paysage. Tout n’est plus que blanc, grandiose, perfection. Nous ne sommes plus que petitesse, valets, soumission. 

Encerclés par ces monstres de granite qui nous lorgne avec inertie, nous foulons la neige, non sans enfantillages, allant même jusqu’à explorer une petite taverne de glace aussi sympathique que surprenante. L’homme a dompté la nature pour en faire un lieu de convivialité et d’art, paisible, clos, froid. Une mise en abyme où la roche est aux abonnés absents : elle est, en maîtresse des lieux, indomptable et intouchable. Nous ressortons de ce cocon argenté et profitons, assis dans la neige, de ce panorama éblouissant sous les rayons d’un soleil à la fois doux et rassurant. 

Nous serions restés des heures à contempler cette carte postale, à devenir peu à peu membres permanents des lieux. Mais l’appel du road se fait sentir et nous repartons tristement, mélancoliques dans la descente qui nous prive, lentement, des délices des hauteurs.

Pour conserver l’adrénaline, nous filons vers ce qui nous paraissait être un petit fil de soie lorsque nous l’avons franchi en nous rendant à Obsermoos : le Highline 179, un pont suspendu de 405 mètres de longueur perché à 11 mètres du sol. Une expérience hors du commun où le mental prime sur le physique : il faut faire abstraction du vide et observer le spectacle de la nature environnante. En agrément, la vue sur les châteaux d’Ehrenberg et la forteresse Claudia confère au lieu un certain mysticisme auréolé d’histoires chevaleresques. Nous tentons de dompter les airs tels des magiciens légendaires. Cet homme de fer constitue la dernière étape de cette journée remplie d’émotions, où nature et homme, par leur création respective, s’entremêlent harmonieusement.

L’eau est omniprésente, sculptrice de paysages, artiste qui s’ignore.

La nuit passée, nous rejoignons l’est allemand et la région des lacs. Mais, avant de quitter définitivement Garmisch et ses environs, nous stoppons notre avancée à Partnach afin de visiter ses célèbres gorges. Longues de 700 mètres et profondes de 80, celles-ci offrent un intérêt majeur en hiver puisque l’étroit sentier taillé dans la roche permet de découvrir de magnifiques rideaux de stalactites et cascades gelés. L’eau qui y coule est d’une limpidité cristalline et les teintes bleutées, blanches et grises dominent. Ce noyau de cristal aquatique nous projette dans un monde nouveau, singulier par sa froideur et ses formes, bouleversant par son caractère éphémère. 

La fin du sentier n’est pas en reste : nous débouchons vers une vallée enneigée, dégagée et libre d’accès. Rebrousser chemin n’est pas dans nos esprits ; il faut enquêter, à la recherche de la provenance de cette eau. Nous grimpons alors un sommet, cette fois-ci à l’aide de nos jambes, pour mesurer combien le cycle est en perpétuelle mutation : pluie, neige, glace… L’eau est omniprésente, sculptrice de paysages, artiste qui s’ignore. Notre randonnée dure deux heures sur des lacets gelés mais l’enthousiasme et la vigueur de faiblissent pas. Chaque nouveau pas nous rapproche un peu plus de la nature et nous fait nous confondre avec elle. Osmose intérieure.