Dans le silence des terres de

Castille-et-León

Un goût amer de notre précédent voyage en Espagne somnolait en nous. C’est la raison pour laquelle, deux années après, nous nous sommes décidés à reconquérir les routes espagnoles en direction du Parc National des Pics d’Europe, massif le plus élevé de la cordillère Cantabrique. L’occasion également de sillonner la péninsule avec le descendant d’Aliénor, l’argenté Ulysse. 

Nous prenons plusieurs pauses pour savourer

le kaléidoscope naturel offert par la Dame.

Au départ de Nantes, la route pour se rendre à destination reste quelque peu anecdotique dans la mesure où ce sont les grands axes peu attractifs qui règnent en maîtres. Nous prenons le parti d’effectuer le voyage d’un trait, afin de pouvoir nous rendre à l’hôtel dans la charmante bourgade de Cangas de Onis, célèbre pour son pont romain datant du Moyen Âge et témoignant de l’esprit catholique insufflé au pays depuis lors. Mais, dès notre arrivée, les perspectives ne peuvent nous laisser de marbre : la ville n’est pas notre leitmotiv et les monts qui se dégagent au loin, mystérieux et majestueux, nous lorgnent… et nous appellent de leurs voix rocheuses. Sacs déposés, nous filons droit vers le lac de Covadonga, avant que les rayons du soleil ne disparaissent et laissent la pénombre s’installer. La montée s’effectue rapidement mais, face au spectacle des couleurs, nous prenons plusieurs pauses pour savourer le kaléidoscope naturel offert par la Dame. 

Décrire l’immensité, dans sa plus grande acception, est impossible : immensité spatiale, immensité chromatique… Le coucher du soleil est à la fois divin et artistiques et on ne sait qui de Dieu ou du peintre s’en sort alors le mieux...

Parvenus au sommet, dans la fraîcheur des hauteurs, petite déception : le lac, sur un arrière-plan enneigé, est prisonnier des barrières humaines : nous l’admirons cependant en nous disant que ce triste statut est nécessaire à sa préservation. 

La route et les déambulations ayant raison de nous, nous regagnons l’hôtel : break nécessaire pour assurer le crapahutage dans les pics, le lendemain. Sous une brume bleutée, nous réveillons Ulysse, refroidi par la gelée nocturne. Il est pourtant prêt, comme nous, à s’aventurer sur les lacets et les routes étroites. Les Pics d’Europe ont l’avantage d’être peu fréquentés des touristes, les stations de ski étant réduites à peau de chagrin. Résultat : l’escapade se déroule sans encombre à l’inconvénient près que les villages se font rares. Il est donc nécessaire, avant de s’engouffrer dans les méandres de ces monts au nom divin, de se ravitailler pour parer l’imprévu… Sait-on jamais ! Le parc a pourtant un atout majeur : il est fervent défenseur de sa faune et de sa flore, c’est pourquoi le hors-sentier reste rare, à l’image du bruit que les drones ou voitures ne polluent pas. Peu d’âmes qui vivent : l’endroit est idéal pour atteindre la placidité escomptée. 

Nous sommes résolument seuls, accompagnées par le chant et l'ombre des oiseaux.

De Cangas de Onis, nous arrivons à Cain, une petit village d’altitude d’une soixantaine d’habitants… que nous ne croisons pas. Nous sommes résolument seuls, accompagnés par le chant et l’ombre des oiseaux. Finalement, en redescendant la partie haute, nous nous apercevons que les lieux d’arrêts sont restreints : les monts ont été, à l’exception de quelques sites touristiques, complètement désertés. 

La région des pics, à quelques kilomètres seulement des côtes de l’Atlantique, nous autorise justement à faire une halte sur la Costa Verde. Un changement de décor radical ! Notre choix se porte sur la plage de Poo à Llanes, parfaite pour de paisibles baignades. En effet, l’eau de mer s’engouffre dans un canal de roche et, à marée haute, devient une véritable piscine naturelle. Sous le soleil radieux, les teintes prises par cette crique enchanteresse amène à une fascination inévitable. Le dépaysement est total et le paysage paraît tout droit sorti des contrées asiatiques. Décidément résolus à en profiter, nous installons notre repas au bord des falaises, épiés par les mouettes voraces qui n’attendent que notre départ. Les embruns, le vent, l’odeur iodée et le calme nous apaisent face aux cris stridents et c’est face à l’Atlantique que nous restons muets, à contempler cette nouvelle immensité, aquatique cette fois mais toujours hypnotique. 

Dans ce décor de western spaghetti, une envie irrépressible de jouer les indiens et les explorateurs nous prend.

Sablonneux, Ulysse nous attend patiemment : lui aussi souhaite poursuivre le périple… Nous retournons alors vers Cangas de Onis, flânant dans ses ruelles animées, pour un dernier adieu. Après le calme, la tempête. Notre deuxième journée est un véritable marathon puisque nous devons effectuer trois heures de route vers le sud, à l’orée du Portugal, avant de retourner en France. Cette étape est celle que nous ne voulions aucunement manquer en ce qu’elle marquait notre intérêt pour plusieurs domaines : nature, histoire et civilisation – Las Medulas.

Particulièrement reconnaissable à ses châtaigniers verdoyants, et à ses roches rouge vif, Las Medulas ne constituent en rien un désert. Elles sont, dès le 1ersiècle, une puissante source de richesses puisque les Romains le choisirent pour y extraire l’or contenu dans les sols. Si aujourd’hui le site est protégé, beaucoup ont encore espoir de tomber, par hasard, sur une pépite… Sans y croire réellement, nous stoppons Ulysse au petit village atypique du même nom, reçus par une horde de chats faméliques et une petit dame accueillante. Elle nous livre, avec grande gentillesse, toutes les informations nécessaires au bon déroulement de la visite. 

Période hivernale oblige, le lieu est peu fréquenté, ce qui nous permet de profiter pleinement du paysage, le ciel céruléen rendant le départ plus qu’attrayant. La randonnée, accessible à tous par des sentiers dégagés, mène au point le plus attendu des visiteurs : le Mirador de Orellan. Celui-ci offre un panorama splendide sur l’intégralité des « dunes ». Le plus impressionnant reste néanmoins le contrebas de la mine puisqu’il permet de prendre conscience de la véritable hauteur de ces monts de feu glorieux. Dans ce décor de western spaghetti, une envie irrépressible de jouer les indiens et les explorateurs nous prend… Et nous ne résistons pas longtemps… A nos dépens car la glaise rouge, tenace, reste comme indélébile, sur la peau.

Si l’excursion est rapide et furtive, les souvenirs de ce paysage atypique se figent dans nos mémoires et c’est le cœur serré que nous quittons cet écrin d’histoire pour retrouver notre hexagone, un brin nostalgiques